Raison d' être et pertinence de la recherche féministe

Le féminisme et la recherche féministe ont-ilstoujours une raison d'être et une pertinence ? C'est une question que plusieurs se posent , plus particulièrement celles et ceux qui croient que les femmes ont fait des progrès considérables au cours du dernier centenaire. Les jeunes , par exemple, perçoivent souvent le féminisme comme une théorie qui a bien servi contre l'oppression exercée par le patriarcat. Ces derniers sont conscients des questions féministes, et ils savent apprécier la lutte féministe à sa juste valeur. Pourtant, l' impression d'avoir aquis la liberté et un certain pouvoir les rend aveugles vis à vis des formes plus subtiles du sexisme et de l'inégalité, et rares sont ceux et celles que se rendent compte que les femmes de notre société et surtout les femmes du Tiers Monde souffrent encore de la discrimination. La recherche féministe sert de cadre théorique et philosophique pour promouvoir la sensibilisation à ces questions et à l'activisme.

Le Comité de la condition féminine a tenté de cerner la position de plusieurs féministes qui enseignent dans les universités du Nouveau-Brunswick par rapport à l'importance de la recherche féministe. Plus particulièrement , on cherchait à identifier comment on définit la recherche féministe, si elle est toujours utile et à connaître son influence sur les projets de recherche. Afin d'éviter la redondance, les collègues interviewées répondirent à des questions quelque peu différentes.

Le but de cet exercice était d'écrire un article pour le bulletin de la FAPPUNB , un article qui serait un sommaire des réponses recueillies, mais la qualité des communications était telle que nous avons jugé bon de les publier intégralement. Les réponses varient donc par rapport au format, à la longueur et à la structure, tout en soulignant , à leur propre façon, l'importance de poursuivre la recherche féministe.

Puisque cette année le comité ne représente que quatre de nos campus, les féministes des autres campus n'ont pas participé à notre sondage. Par conséquent, nous invitons toute personne intéressée à partager ses idées et expériences sur le sujet, à communiquer avec nous. Il nous ferait plaisir de faire paraître vos opinions sur notre page Web.

Comment définir recherche féministe ?

Michèle Caron, Droit, Université de Moncton

La recherche féministe c 'est à mon avis la recherche qui adopte une perspective qui sans se soucier exclusivement des femmes s'assure que la réalité de celles-ci soit prise en compte. Elle répond à certains impératifs philosophiques et méthodologiques entre autres le refus de la pensée dichotomique (privé/public; corps/âme; subjectif/ objectif ; sujet/objet, etc) , lie la théorie et la pratique et déconstruit les théories qui ont universalisé la perspective partielle des groupes dominants. Pour moi la recherche féministe sans pour autant tomber dans l' activisme doit viser la transformation sociale. Par contre la recherche féministe n' est pas homogène et malgré que personnellement je rejette cette tendance, je dois avouer que la tendance essentialiste qui érige la perspective et la réalité d' une minorité de femmes, blanches, hétérosexuelles, occidentales, de classe moyenne en vérité universelle est toujours très répandue.

Guylaine Poissant: Sociologie, Université de Moncton

La recherche féministe utilise des outils et/ou méthodes qui tiennent compte de la présence et de la réalité des femmes (dans la définition d'un problème de recherche par exemple), qui intègrent les théories féministes comme explication.

Anne-Marie Arsenault, Science infirmière, Université de Moncton

La recherche féministe est toute recherche qui contribue à l'amélioration de la condition féminine. Pour être plus précise, je dirais qu' il y a trois volets à cette réponse, soit : la recherche féministe et l'enseignement, la recherche féministe et le soin infirmier, la recherche féministe et la bio-génétique.

2) Pensez-vous que la recherche féministe demeure utile et pertinente ?

Michèle Caron, Droit, Université de Moncton

La recherche féministe sera pertinente aussi longtemps qu' il y aura de l' oppression et elle continuera à être utile aussi longtemps qu ' elle se renouvellera et sera autocritique.

Gayle MacDonald , Sociologie, St. Thomas

Une des raisons principales qui motive la poursuite de la recherche féministe, est le besoin de continuer à exposer à quel point les différences entre les sexes façonnent le système social. Les différences perçues entre les sexes ont une influence négative sur les filles et les femmes et ce tout au long de leur vie: salaires inférieurs et par conséquent pensions de retraite réduites, l' inflation des tâches domestiques et de la garde des enfants, et, plus sérieux encore, le fait que l'abus et la violence contre les femmes persistent. Aux détracteurs qui affirment que les femmes ont maintenant tout ce qu'elles veulent et que la recherche et la théorie féministe n'ont plus de raison d'être, il faut répondre qu'ils n'ont qu'à regarder le monde social pour voir l'impact du travail féministe. En effet, la dominance d'un sexe sur l'autre ne peut plus être prise pour acquis ; la violence faite aux femmes n'est plus banalisée ou ridiculisée, fini l' époque où les filles étaient dissuadées de poursuivre leurs rêves en raison de leur sexe.

D' autre part, on n'a qu'à regarder le monde à travers les lentilles de ses problèmes quotidiens pour se rendre compte que les gains faits par les femmes sont décidément d'origine blanche, bourgeoise et nord-américaine. Mais encore ne faut -il pas oublier les statistiques portant sur la pauvreté des enfants au Canada; derrière chaque enfant pauvre se trouve probablement une mère pauvre. Dans le sens global, les décisions et politiques que nous élaborons ici au Canada par rapport aux sexes ont des répercussions mondiales. Une enseignante exilée d' Ethiopie que j'ai rencontrée récemment l'a exprimé comme suit : "Si vous , au Canada, cessez de lutter pour des droits, pour nous en Afrique, il deviendra impossible de poursuivre nos efforts, puisque nous n'aurons plus de points de référence."

Lors de la conférence femmes en conflit tenue à Budapest on apprenait que les femmes, qui ont été victimes de conflits armés, de viol par le conquérant ou qui sont des victimes économiques en raison de leur statut de groupe de conquis, confirment que le statut de victime est en lien avec l'identité et que l'identité des femmes est étroitement liée à l'identité nationale.

La recherche féministe se prononce sur toutes ces questions. Elle expose, explique, analyse et publie. Sans cette recherche nous ne verrions pas la perspective de plus de la moitié des citoyens du monde. Pour moi c'est une raison valable pour continuer la recherche féministe au cours du 21e siècle.

Guylaine Poissant, Sociologie ,Université de Moncton

La recherche féministe est énormément importante parce qu'elle n'a pas la même crédibilité et est encore marginalisée. Elle est encore perçue comme moins objective, moins scientifique et plus idéologique que les autres types de recherche.

Natalie Boivin, Science infirmière, Université de Moncton, campus de Shippagan

La recherche féministe a toujours sa raison d'être. Les problèmes en matière d'égalité sont encore bien présents bien que parfois de manière plus subtile. A titre d'exemple, mentionnons les garçons qui semblent devenir de plus en plus "macho", et l'incidence accrue des situations de violence dans les fréquentations.

Il nous faut toutefois faire la recherche féministe en contexte. Les femmes ne vivent pas dans un vide social. Elles côtoieront toujours les hommes. La recherche ne devrait pas uniquement cerner les problèmes des femmes ; elle devrait s'attarder aux problèmes des femmes dans la société. Nous ne faisons que commencer à identifier les défis et problèmes qui touchent les femmes. Au fur et à mesure que la société change, l'environnement de celles-ci ( le travail, la santé, le milieu social et politique) changera aussi. Par conséquent, nous devons continuer à exprimer nos besoins et poursuivre la recherche qui s'y rattache.

Christine Storm, Psychologie, Mount Allison University

La recherche féministe peut prendre un sens différent selon les disciplines. Deux ateliers, tenus dans le cadre du colloque annuel de la Section Femmes et Psychologie de l'Association Canadienne de Psychologie ( Halifax 1998- 1999) que j'ai eu l'honneur de présider, me semblent pertinents à cette question: Jean Marecek, présidente du département de psychologie à Swarthmore et conférencière invitée , nous informa des méthodologies nouvelles et de nouveaux cours en psychologie, qui furent introduits par les féministes : des nouveautés faisant appel à la subjectivité, à l'expérience et à leur construction dans des contextes culturels quelconques ou particuliers. Elle démontra l'influence des ces nouvelles approches par le biais de son propre projet de recherche sur le suicide au Sri Lanka. Son approche démontra l'absence du lien entre le suicide et la dépression clinique chez Les Sri Lankais, un lien socialement accepté dans les pays occidentaux. Elle explora les significations locales qu'on accorde au suicide ainsi que les schèmes cultures qui le caractérisent. Ses études portant sur les thérapeutes féministes révèlent comment ces femmes demeurent centrées sur la tâche d' aider leurs clientes à se constituer une identité positive, malgré les répressailes contre les féministes. Elle conclut qu'il y reste beaucoup à découvrir sur la manière dont les hommes et les femmes vivent leur rôle sexuel et sur les facteurs culturels et institutionnels qui exercent une influence sur l'expérience de ces rôles. Il faut tenter d'identifier les facteurs qui contribuent à la relation domination- subordination qui, pour certains, peut sembler toute naturelle.

Un symposium portant sur le passé, le présent et le futur de la "Section Femmes et Psychologie" passa en revue les efforts entrepris depuis les années l970 à introduire une perspective féministe dans les institutions formelles de la discipline, et ce malgré la résistance de l'organisation nationale, dominée par les hommes. Des féministes pionnières dans cette initiative relatèrent leur lutte et les changements subséquents survenus dans la structure de l'Association Canadienne de la Psychologie, des changements tels que la présence accrue des femmes sur les comités et conseils administratifs et le nombre croissant des femmes qui occupent des postes de professeures aux niveaux post-secondaire premier et deuxième cycle. Environ deux tiers des doctorats en psychologie sont maintenant décernés aux femmes.

D'autres collègues plus jeunes témoignèrent avoir elles-mêmes connu la discrimination systémique, et avoir été la cible de partis pris scientifiques quant à la reconnaissance de la validité de leur recherche. Elles auraient également été la cible de répressailles contre les féministes et du climat distant qui en résulte. Elles soulignèrent la nécessité de poursuivre la lutte organisée des femmes pour assurer l'égalité à tous les niveaux de la discipline, surtout dans des positions de pouvoir où il est possible d'exercer une influence certaine et efficace sur les préjugés sexuels qui persistent dans les universités et dans la société.

L'allocution récente de Sharon Batt à l'Université Mount Allison, inspirée de son article paru dans Sierra Club, illustre bien une autre forme de tentatives féministes visant à influencer le caractère et la direction des recherches et des politiques publiques. Sharon détient la Nancy Chair of Feminist Studies à l' Université Saint Vincent. Elle est la fondatrice d'une des premières publications féministes des années 70, Branching Out, elle s'est fait championne de la participation des patientes atteintes de cancer, dans leur propre diagnostic et dans leur traitement; elle préconise la participation du public dans l' établissement des priorités de recherche médicale. Elle insiste sur la nécessité de briser l'emprise de l'établissement scientifique et médical ( majoritairement mâle) sur les priorités en recherche. Elle souligne également qu'il faut réduire l'influence des grandes corporations qui ont tout à gagner de l'accent mis sur l'étiologie génétique et les interventions médicales tout en négligeant la recherche des moyens de prévention et des causes environnementales du cancer.

Une autre contribution canadienne notable à ce thème est le travail de Meredith Kimball. Elle est l'auteure de Feminist Visions of Gender Similarities and Differences. Son livre porte principalement sur le débat entre les féministes qui soulignent la différence entre les hommes et les femmes et celles qui mettent l'emphase sur leurs similitudes. Elle analyse les recherches citées pour appuyer chacune de ces deux perspectives, et elle discute de la politique soujacente à ce débat au sein du mouvement féministe. Meredith est professeure de Psychologie et d' Etudes Féministes à l' Université Simon Fraser et la Directrice du Programme d'Etudes Féministes. Elle est active dans le mouvement féministe depuis son début, et elle a publié de nombreux articles portant sur des thèmes féministes.

3) Y a-t- il de la recherche féministe qui est particulièrement nécessaire à l'heure actuelle?

Michèle Caron, Droit, Université de Moncton

Il nous manque à l' heure actuelle des données empiriques. Nous avons beaucoup déconstruit mais afin de connaître la réalité actuelle des femmes nous avons besoin de données, par exemple au sujet de l'équité salariale des études entreprise par entreprise pour connaître les mécanismes par lesquels l'inéquité perdure. Malheureusement les recherches empiriques sont celles qui exigent de grandes ressources de temps et d'argent et les agences subventionnaires ont adhéré au discours de l'efficacité, productivité etc et favorisent les recherches à court terme ce qui fait en sorte que c'est souvent du «remâchage». Ces «recherches remâchées» sont aussi favorisées par l'attitude du "publish or perish" des universités : on publie beaucoup, mais peu d' originalité au début d'une carrière lorsqu 'on a peu à dire et qu 'on doit publier en masse et rapidement. De plus l'accès aux données des institutions gouvernementales ( ministères, commissions) de moins en moins transparentes et le coût exhorbitant des rapports de Statistique Canada rend la recherche empirique quasi impossible.

Guylaine Poissant, Sociologie, Université de Moncton

Il y a encore plusieurs domaines de recherche où il n'y a pas d'études féministes: en psychologie, en médecine, certains comportements féminins sont encore très mal étudiés et encore moins expliqués. En droit, certaines lois demeurent fondamentalement à l'avantage des hommes.

Anne-Marie Arsenault, Science infirmière, Université de Moncton

La recherche est nécessaire pour sensibiliser les gens à l'absence des hommes dans la profession infirmière et pour promouvoir la valeur économique et sociale des infirmières. Les hommes constituent 5% des effectifs infirmiers au Canada. La recherche doit examiner comment on pourra rendre la profession plus attrayante pour les hommes.

Il faut également de la recherche qui analyse les questions sociales et les façons d'améliorer la vie des deux sexes. Le fossé qui s'élargit et qui sépare les riches et les pauvres affecte les hommes et les femmes. Comme exemple mentionnons l'absence de services de garde qui est un problème tant masculin que féminin.

Je crois aussi qu'on pourra faire plus de progrès en cernant comment les problèmes systémiques affectent tout le monde dans la société, pas seulement les femmes , et en appuyant les efforts qui encouragent la cooperation plutôt que la marginalisation.

4) Selon vous, quel domaine a fait le plus de progrès ?

Michèle Caron, Droit ,Université de Moncton

La philosophie, la méthodologie des sciences sociales, l' analyse du discours.

Guylaine Poissant, Sociologie, Université de Moncton

L' histoire, la sociologie, le travail social, la littérature

Anne -Marie Arsenault, Sciences infirmière, Université de Moncton

Dans le domaine de la santé, des progrès ont été faits par rapport aux efforts entrepris dans le but de "démédicaliser " les grossesses; pourtant, beaucoup considèrent encore l'accouchement et tout ce qui l'entoure, comme quelque chose d'anormal ou de malsain. Les infirmières s'efforcent de changer ces attitudes, mais ce sont les médecins qui ont le pouvoir de le faire.

5) Pensez-vous que les étudiants et étudiantes sont encore intéressés par le sujet ? Les femmes seraient-elles plus intéressées que les hommes ?

Michèle Caron, Droit, Université de Moncton

Ceux et celles qui s' intéressent au féminisme restent toujours une minorité. Le prix à payer pour cet intérêt reste encore très élevé et bien que ceci soit impressioniste, je crois que les filles payent un prix plus élevé: si leur dossier reflète un intérêt pour le féminisme, elles sont étiquetées comme des radicales, des «trouble-maker» et risquent de ne pas être embauchées et ceci dans les universités comme ailleurs. Les hommes qui ont manifesté cet intérêt sont aussi étiquetés toutefois comme ils ne subissent pas la discrimination «ordinaire», ils ne vivent pas comme les femmes féministes les effets de l' accumulation des préjugés et stéréotypes. La situation restera inchangée aussi longtemps que le féminisme ne sera pas considéré dans les universités comme une école de pensée légitime et devant être intégrée comme toutes les autres écoles de pensée dans les cours "mainstream". Il en va de même de l' évaluation des projets de recherche (ainsi que les articles soumis pour publication) : les projets de recherche qui prétendent à l l'universalité alors qu' ils n 'examinent pas la situation des femmes devraient être rejetés parce qu' ils ne sont pas méthodologiquement valables ou devraient être évalués comme des projets mineurs parce que partiels.

Guylaine Poissant, Sociologie, Université de Moncton

La condition des femmes, la santé des femmes, la situation des femmes dans la famille, au travail, en politique intéressent mes étudiantes et mes étudiants qui sont surpris, en général, d'apprendre qu'il existe encore des différences entre les deux sexes.

Anne-Marie Arsenault, Science infirmière, Université de Moncton

Même si tout le monde n'est pas d'accord avec le mouvement féministe, je crois que généralement les jeunes sont au moins au courant des questions féministes. Pourtant, ils peuvent avoir un faux sentiment de sécurité puisqu' ils pensent que tous les problèmes ont été résolus, et souvent ils ne se rendent pas compte que le sexisme est encore un problème.

Bien qu' ils ne tolèrent pas les commentaires sexistes, beaucoup parmi eux prennent le progrès qui a été fait pour acquis, surtout en ce qui concerne l'égalité. J'aimerais voir plus d'activisme politique qui vise à améliorer la société en général. En faisant cela, on améliorera la vie de tout le monde, y compris les femmes.

6) Comment le féminisme influence-t-il vos recherches ?

Marilee Reimer, Sociologie , St. Thomas University

La façon la plus fondamentale par laquelle le féminisme a influencé mes recherches cest par l'entremise de l'intérêt à apprendre des femmes et de les reconnaître comme expertes dans les questions féminines. Trop souvent les chercheurs dans le domaine des sciences sociales commencent leurs analyses par la perspective de leur discipline et du discours dominant pour comprendre la vie des femmes. J'ai appris que la description que les femmes font de leur vie est un meilleur point de départ pour cerner un domaine de recherche. Ceci vaut pour ma propre expérience qui m'a menée à explorer la question de l'égalité salariale des femmes oeuvrant dans les bureaux ou à l'emploi du gouvernement. Je prends au sérieux la suggestion de Dorothy Smith d'employer une " définition généreuse du travail" pour décrire ce que les gens font pendant leurs heures de travail et dans la représentation de leur travail.

Ceci m'a bien servi quand j'ai commencé à percevoir comment le travail des femmes est organisé et reconnu dans la société. Trop souvent on voit ce que le discours dominant propose plutôt que les dures réalités de la vie et du travail quotidien. J'ai appris à voir, et ceci fait partie de mon expérience, que beaucoup de groupes de personnes parlent avec autorité, mais ils ne se trouvent pas dans les échelons dominants de la société et ils ne veulent pas perpétuer cette hiérarchie. Ainsi, on pourrait dire que le féminisme a, dans un sens, raffiné ma compréhension des relations sociales dans la société capitaliste. Certainement mes conctacts avec les femmes et les autres féministes me convainquent que si je les écoute, ceci me permet d' être branchée sur les agents de transformation sociale les plus créatifs du monde.

Joan McFarland, Economie, St. Thomas University

Les thèmes féministes m'ont grandement influencée depuis mes études post- secondaires de premier cycle, dans les années l960. Ces thèmes m' ont donné une perspective féministe dans la vie et dans mes recherches.

J'ai obtenu mes diplômes deuxième cycle en économie traditionnelle; je ne pouvais pas faire de recherches féministes. Pourtant, depuis que je suis à St. Thomas le féminisme joue un rôle important dans mes recherches et dans mon enseignement puisque le choix des directions que je veux poursuivre est à moi. Le féminisme a influencé mes recherches de deux manières principales : par rapport aux questions que je pose, et par rapport à la méthodologie que j'emploie.

En tant que économiste politique et féministe, je me suis intéressée à explorer et analyser les conditions de travail des femmes dans les usines de transformation du poisson au Nouveau-Brunswick dans les annés soixante-dix, dans les poteries en Angleterre dans les années quatre-vingt et dans les centres d'appel du Nouveau-Brunswick dans les années quatre-vingt-dix. J'ai aussi mené des recherches portant sur les femmes dans les syndicats du Nouveau-Brunswick et sur le programme " NB Works". Les femmes du Tiers Monde constituent un autre thème de mes recherches.

Au cours de mes recherches, j'ai trouvé des inégalités flagrantes dans les programmes de formation professionnelle au Nouveau- Brunswick. L'accès des femmes à ces programmes semble plutôt limité. Par exemple, en l977, un nouveau programme de bourses et prêts est entré en vigueur. Celui-ci remplaçait la formation professionnelle financée par l'assurance chômage. Il est évident que moins de femmes en ont bénéficié que d'hommes, surtout dans le domaine de l'informatique. Les femmes doivent encore faire des efforts spéciaux pour prouver qu'elles méritent l' appui financier du gouvernement. Pourtant le nombre des inscriptions à l'université montre clairement que les femmes veulent s'instruire et qu'elles sont capables de réussir.

Tout en me servant de la méthodologie féministe, j'essaie d'être consciente des problèmes que le pouvoir et l'autorité peuvent poser dans une relation entre les chercheurs et les sujets. La validité des expériences des femmes est toujours d'une importance primordiale pour moi.

J'ai suivi de très près le débat concernant la recherche féministe dans les années quatre-vingt. J'ai fait des recherches dans ce domaine moi-même. Je trouve que la recherche féministe menée au cours des dernières décennies a ouvert de nouvelles voies; elle est pertinente et stimulante. J'ai beaucoup aimé jouer un rôle, aussi petit soit -il, dans la création de ce travail pendant les dernières décennies.

6) Avez-vous d'autres commentaires pertinents ?

Guylaine Poissant, Sociologie, Université de Moncton

À l'Université de Moncton, le féminisme est mal perçu et il y a de la discrimination envers les féministes. Dans les assemblées syndicales et départementales, les féministes sont jugées comme des fauteuses de trouble. D'autres disent ouvertement qu'elles sont inutiles. La majorité des femmes refusent d'être associées au féminisme. L'Université de Moncton est traditionnelle et le féminisme est toléré si les chercheures féministes ne font pas de vagues.

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Les commentaires ci-dessus ont été receuillis par les membres du Comité de la condition féminine:
Michelle Ariss ( Université de Moncton), Karen Bamford ( Mount Allison University),
Liette Clément-Gallien ( Université de Moncton, campus de Bathurst), Uta Doerr ( St. Thomas University)
Traduction: Liette Clément -Gallien et Uta Doerr